"Pays Sauvage" - Polydor / Universal Music
"Tell me that you don't cry" 3'39
(Emily Loizeau)


On l'avait laissée à « l'autre bout du monde », on la retrouve trois ans plus tard à l'orée d'un « pays sauvage ». Emily Loizeau n'a pas l'âme sédentaire d'une chanteuse contemplative, ni le coeur encristé et les murmures gercés d'une demoiselle proustienne qui vivrait à distance de la rumeur du monde. Il y a plus volontiers chez elle du Rimbaud, ou du Jack London, du Kerouac sans doute, et ce goût de l'aventure et des rencontres épineuses, qu'elle met en musique avec l'ardeur d'un cyclone tropical et en paroles avec la délicatesse songeuse de la petite fille bilingue qu'elle a su rester.
Les variations radicales, entre le premier et le second album, montrent en revanche qu'Emily Loizeau n'a pas choisi de s'endormir sur les lauriers du confortable succès qu'elle rencontra avec L'autre bout du monde, co-réalisé à l'époque avec Franck Monnet. Elle a par exemple mis le piano légèrement en sourdine, notamment parce qu'elle était partie sans lui en Ardèche, composant l'essentiel des chansons à la voix et avec quelques instruments de fortune.
Sa voix, tout au long de l'album, gagne en amplitude, en gravité comme en frivolité, s'amuse à des figures de voltige et atterri lorsqu'il le faut tout en douceur, presque en planeur sur les poils des avant-bras qui se dresseront sûrement sur son délicat passage.
Ses modèles n'ont pas changé, du couple idéal Tom Waits/Rickie Lee Jones à la sauvageonne Nina Simone, de Dylan à Devendra Banhart en s'arrêtant plus longtemps ici sur Springsteen et les fameuses Seegers Sessions parues il y a deux ans, qui ont donné l'impulsion à ce deuxième album gorgé d'une semblable foi révérencieuse envers les traditions folk, blues et country. Mais comme sa double nationalité s'est propagée jusqu'à ses goût musicaux, Emily n'oublie pas sa part « frenchy » biberonnée à Brassens, Barbara ou Julien Clerc. On trouvera donc tout naturel de l'entendre ainsi chanter un texte ultra-sensible (La photographie) écrit pour elle par Jean-Lou Dabadie sur un thème de l'Orphéo de Monteverdi.
Deux éléments d'importance viennent enfin apporter la dernière touche à ce Pays sauvage. Un minutieux travail sensoriel autour des sons pris dans la nature par une orfèvre du genre, Elodie Maillot, dont le travail agit comme un fil d'Ariane tout au long du disque, où viennent se percher des chants d'oiseaux (forcément), des murmures de la terre ardéchoise ou les combats de coqs, les braises des volcans et les rires des enfants de La Réunion. Il faillait également qu'un regard se pose sur cette belle histoire et ses personnages hauts en couleurs pour en capturer l'effervescence délirante. C'est donc au grand Jean-Baptiste Mondino qu'a été confié le soin d'imaginer cette pochette où (presque) toute la troupe est rassemblée, et qui donne à l'évidence l'irrépressible envie de demander asile à ce Pays sauvage drôlement accueillant.
"Tell me that you don't cry" 3'39 (Emily Loizeau)
Extrait de l'album "Pays Sauvage"
Editions : Sony ATV Music Publishing
(p) & (c) 2009 Polydor / Universal Music